«L’origine chrétienne de la science moderne» : sources d’inspiration, réception et évaluation de ce texte d’Alexandre Kojève à l’occasion de sa récente réédition

Revue des questions scientifiques,
vol. 192, 2021, n°3-4, pp. 347-384.

Résumé

Récemment savamment rééditée, la contribution qu’Alexandre Kojève offrit à Alexandre Koyré pour son septantième anniversaire s’attache à soutenir, de manière «beaucoup moins canularesque qu’elle ne paraît l’être à première vue», une affirmation que les «procédures historiennes» ne permettraient pas d’énoncer: si les Grecs n’ont pas développé la physique mathématique alors que les savants du XVIe siècle, au premier rang desquels Nicolas Copernic, ont réussi à la faire émerger, c’est parce que les premiers étaient païens alors que les seconds étaient spécifiquement chrétiens ! Seuls ces derniers, grâce au dogme de l’Incarnation, ont en effet été aptes à réussir l’universalisation de l’approche mathématique du monde. N’hésitant pas à lire cette contribution tel qu’il s’avère qu’elle a été lue, c’est-à-dire indépendamment de l’œuvre kojévienne et de sa mise en œuvre d’une «histoire raisonnée», cet article analyse les deux principales sources d’inspiration de ladite thèse, à savoir Pierre Duhem et Alexandre Koyré; retrace la réception historique de cette contribution; relève toutes les objections qui, à cette occasion, lui furent adressées; et, finalement, formule quelques objections supplémentaires. Les lecteurs qui souhaiteront bénéficier de la réédition de ce texte kojévien pour le moins provocateur devraient ainsi être à même de déterminer le degré de crédibilité qu’il convient de lui accorder.

Abstract

Having recently been expertly republished, the contribution that Alexandre Kojève offered to Alexandre Koyré for his seventieth birthday served to support, in a manner that was in fact “much less playful than it initially appeared to be”, a claim that “historical procedures” had suppressed: if the Greeks failed to develop mathematical physics where the scholars of the 16th century, the foremost of whom being Nicolas Copernicus, succeeded, then it must be due to the fact that the former were pagans while the latter were specifically Christian! Only the latter, by virtue of the doctrine of Incarnation, were deemed capable of achieving the universalisation of the mathematical approach to the world. Focussed on interpreting this contribution as it was intended to be read, in other words independently of Kojève’s work and its implementation of a “rational history”, this article endeavours to: analyse the two main sources of inspiration for the aforementioned theory, namely Pierre Duhem and Alexandre Koyré; trace the historical reception of this contribution; highlight all of the objections that it was subject to at the time; and, lastly, formulate a few additional objections. Those readers wishing to make the most of the reissue of this rather provocative Kojèvian text should thus be in a position to determine the degree of credibility that it should be afforded.

Mots-clefs

Alexandre Kojève – Alexandre Koyré – Pierre Duhem – Nicolas Copernic – Histoire de la cosmologie


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L'article d'Alexandre Kojève.