Stoffel (Jean-François) – Mouton (Laurent)

Douleurs fantômes, boîte-miroir et réalité virtuelle : une nouvelle approche pour le kinésithérapeute ?

in Revue des questions scientifiques, vol. 181, 2010, n°3, pp. 273-304 et n°4, pp. 477-502

Résumé

Les personnes amputées, non contentes de devoir faire face au trau­ma­tisme psychologique consécutif à leur amputation, sont souvent confrontées à l’apparition d’un membre fantôme. Loin d’être un épiphénomène, puisque la majorité des amputés fait, à un moment ou à un autre de son existence, une telle expé­rience, celle-ci s’accom­pagne généralement de sensations et de douleurs fantômes. Ce n’est pourtant qu’à la fin du XIXe siècle que les scientifiques se sont enfin penchés sur le cas des douleurs fantômes en tant que phénomène pathologique. De­puis lors, de nombreux corps médicaux ont tenté de soulager ces souffrances, mais aucun traitement ne peut, à l’heure ac­tuelle, être considéré comme «la» thérapie capable d’offrir im­manquablement un soulagement aux amputés. En 1996, un neuro­logue indien, Vilayanur S. Ramachandran, a eu l’idée d’uti­liser des miroirs dans le but de leurrer le cerveau en lui faisant croire que la partie manquante du corps était, en fait, toujours présente. Il s’est aperçu que son dispositif de «boîte-miroir», d’abord utilisé avec l’objectif de mieux appréhender ce phéno­mène douloureux, soula­geait en outre les douleurs de certains de ses sujets d’études. Cette dernière observation ouvre-t-elle la voie à l’utili­sation de son dispo­sitif dans un cadre thérapeu­tique, même sans garantie que celui-ci soit nécessaire­ment efficace pour tous les types de douleurs fan­tômes ? Dans l’affir­mative, nous nous sommes de­mandés quelle profession de santé serait la plus apte à mettre en œuvre cette approche neurologique. La «boîte-miroir» de Rama­chandran néces­sitant l’utilisation d’un mouvement, bien qu’il s’agisse de celui du bras sain, nous avons pensé tout naturellement au kinésithéra­peute et c’est donc à son intention que nous avons estimé utile de dresser cet état de la question.

Abstract

Those who are faced with the reality of undergoing an amputation are faced not only with a psychological trauma, but also with the apparition of a phantom limb. Far from being a rare occurrence, a phantom limb is a reality which the larger part of amputees must face, accompanied by a phantom pain. It was only at the end of the 19th century that scientists began to apply themselves to the questions relating to phantom pain as a pathological problem. Many scientific bodies have applied themselves to this question and have attempted to treat these pains, but to date, no one treatment can be said to have “cured” the problem by offering lasting relief to patients. In 1996, an Indian neurologist Vilayanur S. Ramachandran had the idea of using mirrors to trick the mind into believing that the amputated limb was in fact still present. The new “mirror box” device initially provided a better understanding of phantom pain, but would also, in some of the test cases, relieve phantom pain. Does this second observation open the possibility of the use of this new device in phantom pain relief? It must be taken into consideration that the new method might not be effective for all types of phantom pain. But if the new device can be applied more generally, the question remains which branch of medicine would be most apt to practice the new technique? Dr. Ramachandran's “mirror box” requires the use of movement, albeit of the healthy limb. It is with this in mind that physiotherapists could be an obvious choice. It is with this line of questioning in mind that this article undertakes to examine the “mirror box”.

Mots-clefs

Ramachandran – Kinésithérapie – Membre fantôme – Douleur fantôme

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La boîte-miroir pour le membre supérieur


La boîte-miroir pour le membre inférieur