Alexandre Koyré and the traditional interpretation of the anthropological consequences of the Copernican Revolution

dans Hypotheses and Perspectives in the History and Philosophy of Science. Homage to Alexandre Koyré 1964-2014 / editors : Raffaele Pisano, Joseph Agassi, Daria Drozdova. – Dordrecht : Springer, 2018. – pp. 421-452.

Abstract

Koyré’s work being situated, chronologically speaking, between the end of the definitive structuring phase (1925) for the tra­ditional interpretation of the Copernican Revolution, and the appearance of its first and most accomplished lines of ques­tioning (1969), we felt it appropriate to examine to which extent his work endorses this interpretation or, on the contrary, to which extent it makes way for its reassessment. An analysis of his interpretation of the Copernican Revolution in itself raises a number of issues which, although sparse and often obscure, attest to a certain distancing with respect to the traditional interpretation without, however, leading one to consider the need for an entire reassessment of it. Thus, even though Koyré, being aware of the axiological reversal that occurred between geocentrism and heliocentrism, is able to appreciate all the ambivalence of the geocentric position of our abode (the best and the worst), he however fails to perceive the full importance of the planetary centrality that geocentrism already bestows upon the Sun, just as he overlooks the consequences resulting from this axiological inversion, namely the availability of various interpretation frameworks for the anthropological consequen­ces arising from the transition from geocentrism to helio­cen­trism. While his analysis of the Copernican Revolution therefore provides us with ample incentive to question the pertinence of the traditional interpretation, his thesis on the “the spiritual revolution of the 17th century” seems, however, inclined to uphold the merits of this interpretation. Nevertheless, given that the first consequence which he draws from it, namely the divorce between the world of science and the world of life, seems to us to be philosophically plausible albeit of little histo­rical foundation, and that the second, the retreat of the Divine, seems, on the contrary, historically sound although neither philos­ophically nor theologically credible, we thought it more reasonable to conclude that the Koyrean work does not serve to confirm the traditional interpretation in itself, but only its suitability with respect to the thinkers of the 20th century, amongst which Koyré is undoubtedly an emblematic figure.

Résumé

L’œuvre d’Alexandre Koyré prenant place, chronologiquement, entre la fin de la phase de structuration définitive (1925) de l’interprétation traditionnelle de la révolution copernicienne et l’apparition de ses premières remises en question les plus abouties (1969), il nous a semblé opportun d’examiner jusqu’à quel point cette œuvre souscrit à cette interprétation ou, au contraire, prépare sa remise en question. L’analyse de son inter­prétation de la révolution copernicienne proprement dite per­met de relever un certain nombre de propos qui, bien qu’épars et peu mis en évidence, témoignent d’une certaine prise de distance à l’égard de l’interprétation traditionnelle sans toute­fois conduire à la prise de conscience de la nécessité de la reprendre entièrement à nouveaux frais. Ainsi, si Koyré, étant averti du renversement axiologique qui s’est opéré entre le géocentrisme et l’héliocentrisme, est à même d’apprécier toute l’ambivalence de la position géocentrique de notre demeure (la meilleure et la pire), il échoue cependant à percevoir toute la prégnance de la centralité planétaire que le géocentrisme accorde déjà au Soleil, tout comme il manque de tirer, de ce renversement axiologique, la conséquence qui en résulte, à savoir la disponibilité de plusieurs grilles de lecture pour l’inter­prétation des conséquences anthropologiques résultant du pas­sage du géocentrisme à l’héliocentrisme. Alors que son analyse de la révolution copernicienne porte donc en elle de quoi inciter à interroger la pertinence de l’interprétation traditionnelle, sa thèse sur la «révolution spirituelle du XVIIe siècle» semble, en revanche, de nature à confirmer le bien-fondé de cette inter­prétation. Toutefois, étant donné que la première conséquence qu’il en tire, à savoir le divorce entre le monde de la science et le monde de la vie, nous semble philosophiquement vraisem­blable mais historiquement peu fondée, et que la seconde, le retrait du divin, nous paraît, à l’inverse, historiquement fondée sans l’être ni philosophiquement ni théologiquement, il nous paraît plus juste de conclure que ce qui se trouve confirmé par l’œuvre koyréenne ce n’est pas l’interprétation traditionnelle en tant que telle, mais seulement sa convenance pour les pen­seurs du XXe siècle, dont Koyré est assurément une des figures emblématiques.

Mots-clefs

Révolution spirituelle – Révolution copernicienne – Retrait du divin – Divorce entre le monde de la science et le monde de la vie – Géocentrisme – Héliocentrisme

Couverture

Alexandre Koyré, à 64 ans, lors du 8e Congrès international d'histoire des sciences (Florence-Milan, 3-9 septembre 1956)

From the closed world to the infinite universe (1957)